Avec l’article d’aujourd’hui nous allons voir comment le racisme se dissimule même dans notre société de consommation. Cet article sera du point de vue d’un consommateur homme (mais applicable aux femmes aussi je pense).

Comme tout consommateur de prêt-à-porter je regardais de temps à autre ce qui se vendait sur les sites internet des marques de vêtements, en parallèle des visites dans les boutiques physiques. Et comme ce qui pourrait être le cas de beaucoup de lecteurs, j’ai commencé à acheter de plus en plus mes vêtements en ligne : plus pratique, pas besoin de se déplacer, pas le temps, pas envie de faire la queue… Bref c’était plus simple.

Plus je naviguais sur les différents sites des marques et plus je me rendais compte d’un truc. Les mannequins qui posaient dans les photos se ressemblaient tous. Pas seulement en termes de taille et de poids (souvent 1m85+ et 70kg tout mouillé) mais surtout en termes de couleur (ou non couleur) et d’origine. Si vous êtes noir, arabe, asiatique (quel que soit la région d’Asie, de l’Inde jusqu’au Japon), latino, il vous suffira seulement d’imaginer que vous êtes un blanc occidental dans les vêtements que vous voudrez acheter…

Or avec le temps, j’ai remarqué que les marques commençaient à avoir recours de plus en plus aux mannequins racisés, comprendre noirs et asiatiques. Pas vraiment de mannequins d’apparence maghrébine faut pas rêver. Je dois avouer que voir ces nouvelles têtes me plaisait. Je ne saurais l’expliquer mais je trouvais que je me sentais plus représenté par un mannequin racisé que par un mannequin blanc aux yeux clairs et aux cheveux super lisses et souvent blonds/châtains. Aussi voir des mannequins d’origines différentes faisait moins mannequins clones qui sortent du même moule, moins de tristesse, plus de mélanges et de joie de vivre. Et donc cette approche était clairement compréhensible de la part des marques qui voulaient être tendance.

Naïvement je pensais que c’était devenu le cas de toutes les marques maintenant, ou du moins de la plupart des marques. Naïvement je pensais que ça y est, on vit à présent dans un monde ouvert et inclusif. Peut-être que c’était une stratégie marketing pour attirer plus de clients, pour se la jouer cool, plus international, peu importe, pour moi c’était une bonne stratégie. Ça me plaisait bien. Après tout on peut être noir, arabe ou asiatique et acheter des vêtements de belles marques. Pourquoi on verrait toujours que des mannequins non racisés qui posent pour des marques de vêtements mais aussi qui jouent dans les pubs TV de manière générale ? Nous sommes tous des consommateurs potentiels, pensez à nous.

Et pourtant certaines habitudes ont la vie dure. Prenons l’exemple de Café Coton, Balibaris, Massimo Dutti et Hackett London. Je n’ai pas fait le tour de tous les sites de prêt-à-porter mais il y’en a sûrement d’autres. N’hésitez pas à partager d’autres marques si vous en trouvez, cela me permettra de faire une liste de boutiques où personnellement je n’achèterai plus rien, vous aurez le choix d’en faire autant si vous voulez.

En allant sur leurs sites respectifs, en regardant les différents habits, il est quasiment impossible de voir un mannequin racisé. En effet sur le premier site aucun, sur le deuxième un seul caché dans le rayon « chemises » (pas le produit phare de Balibaris) et dans le troisième site un asiatique caché dans le fin fond du site noyé parmi les mannequins blancs (cf photos). Le dernier, Hackett London, est dans le même cas : que des mannequins blancs et un mannequin métis pour cocher la case “minorités”. Comme si les mannequins racisés n’existaient pas dans le monde du mannequinat et comme si pour ces marques les racisés n’étaient pas des clients potentiels.

On peut candidement essayer d’expliquer cette absence soit par manque d’imagination ou soit par la croyance que les racisés manquent de moyens (et pourtant énormément de racisés dépensent beaucoup d’argent dans des marques aussi chères). Je pense que c’est juste par simple choix parce que dans l’imaginaire de ces marques ce qui est beau est blanc, occidental et c’est tout. Mais aussi parce que leurs clients blancs potentiels ne voudraient peut-être pas voir un noir ou un asiatique poser pour les marques des vêtements qu’ils affectionnent ? Quelle injure ce serait !

 

Café Coton

 

Balibaris

 

Massimo Dutti

 

Hackett London

 

Comparons cela avec d’autres marques de la même gamme de prix : J’ai juste pris pour cet exemple les marques les plus connues comme Lacoste, Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, etc. Très vite vous verrez des mannequins qui devraient représenter un maximum de communautés différentes. Même sur les sites de marques de luxe type Louis Vuitton vous trouverez pas mal de mannequins racisés.

 

Lacoste

 

Ralph Lauren

 

Tommy Hilfiger

 

Louis Vuitton

 

Mais l’inclusivité ne concerne pas seulement les origines, elle concerne aussi l’âge (pourquoi on ne mettrait pas des modèles moins jeunes ?), la corpulence, etc. Et ceci pourrait être la prochaine étape.

Morale de l’histoire. Je visitais certains de ces sites et d’autres dans le but de mettre à jour ma garde-robe (pas chez Massimo Dutti, soyons sérieux), mais je n’étais pas prêt à payer des marques qui pratiquent encore le racisme dissimulé. Ils ont perdu un client potentiel. Dommage.

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